L'ethnocentrisme - une idéologie d'auto-destruction

Discussion dans 'Discussions Libres' créé par uzop, 23 Octobre 2008.

  1. uzop

    uzop New Member

    Après l'attaque méprisante, injustifiée et injustifiable que le cheikh Balhadj Cherifi (n°2 du FIS) a menée, par presse interposée, contre sa propre langue maternelle mozabite, celle qui lui a donné le jour et le lait,

    en déclarant :

    - que la langue arabe ne saurait être concurrencée par d'autres langues (sous-entendu le tamazight)
    - que l'islam ne peut être présenté qu'en langue arabe et certainement pas en mozabite !
    - que l'enseignement de la langue mozabite (et du tamazight en général) n'est d'aucune utilité et représente une perte de temps et d'énergie
    - que le tamazight ne peut être une langue de science et de technologie et qu'elle doit rester sagement au foyer

    dans une interview au journal arabophone "elchourouk elyaoumi",

    voici la réplique qu'un citoyen du Mzab a apporté à cet "honorable" personnage qui a, selon toute vraisemblance, quelque chose à reprocher à sa langue maternelle :

    ----------------------------------------------

    Es-salamou âala man ittabaâa el-houda
    Azul f wenni tthfen abrid i ghdin

    Pour répondre un tant soit peu sur les quelques idées évoquées par votre journal, je me bornerai à quelques traits qui apparaissent évidents, mais aussi dangereux à l’égard de notre islam et de notre langue amazighe. Je serais désolé pour notre cheikh arabisant qui va lire cela. Mais la réalité est ainsi faite. Il faut appeler un chat un chat.

    Il y a bien lieu de comprendre que le pluralisme linguistique et culturel est une réalité quotidienne dans des pays (tels que la Suisse, la Belgique… et le Canada) où la tolérance, la liberté et la justice l’emportent sur les tendances partiales et la ferveur subjectiviste, qui pourtant ne vivent pas autant de déchirements que notre pays où les injustices sociales, culturelles, linguistiques, religieuses… et historiques, étaient des plus ardentes et des plus catastrophiques car, dans les principes religieux et philanthropiques, chaque citoyen sent son honneur, sa dignité et sa langue maternelle respectés et protégés par la Constitution dans cette diversité qui, contrairement à ce que pense notre cheikh, ne nuit d'aucune façon à l’unité mythique et imaginaire que certains veulent de manière préjudiciable et rétrograde nous imposer des hécatombes en passant par l’extirpation des dimensions historique, linguistiques, sociales, culturelles et nationales de nos concitoyens.

    Les démarches idéologiques moyenâgeuses qui consistent à dire que l’arabe forme une classe prestigieuse et supérieure à toutes les autres sont des anachronismes qui ne peuvent se ranger que dans le rebut de l’histoire. Cela n’est malheureusement qu’une des recettes de domination que les Romains, les Byzantins… et, dernièrement, les Français avaient en vain déjà essayées. L’on a bien, pour réduire et anéantir les dimensions linguistiques, sociales, culturelles spécifiques aux Nord Africains, fait appel à la force, à des idéologies, à la politique… et des concepts chimériques. Et cela nous a, à présent, coûté très cher.

    Une société humaine se définit entre autres par sa langue, sa personnalité et sa mémoire collective, ses valeurs et son histoire, son culte et sa culture. L’histoire de la société dont il est question supra est souvent dénaturée, déformée, falsifiée, pour justifier, arranger et comploter une réalité et ce, loin de tout point de vue humanitaire, objectif, rationnel et lucide. Il est connu que le conditionnement artificiel, la manipulation des valeurs sociales et des symboles et la fonction de légitimer les lignes de conduite sont confiés aux professionnels de la démagogie. Là les orientations de l’action sociale sont adoptées, imposées, et les esprits des citoyens qui ne comprennent pas généralement les enjeux qui engagent leur avenir, deviennent une proie très facile. Une fois que les valeurs et les symboles de la société sont bien manipulés et rôdés, ça devient difficile à la société d’être maîtresse de son devenir.

    L’exploitation de la religion qui a consisté à marginaliser et inférioriser la langue et la culture amazighes dans le Mzab en les rangeant parmi les restes du folklore et cela, au nom d’une « idée utopique » que l’on a sorti magiquement de sa pensée, et qui ne repose que sur des faits ni réels, ni religieux, ni scientifiques, n’est qu’un dogme lié à des intérêts bas, matériels et mondains chez certains individus de la société qui ne se donnent même pas la peine de leur trouver des fondements rationnels qu’ils jugent d’ailleurs inutiles. Ces idées négatives et négatrices envers la langue amazighe, langue nationale, risquent de nous entraîner dans un gouffre que seul Dieu peut en connaître les conséquences.
    Il est du devoir de chacun d’agir dans le sens constructif, car comme l’on dit en Tamazight du Mzab « wenni yessusum an wenni yexs », « Quiconque se tait est semblable à celui qui accepte ». Le cheikh CHERIFI n’arrive pas à comprendre qu’en amont de notre civilisation, il y’a primordialement toute une langue. Cette langue que pratiquent depuis toujours les At Mzab (Mozabites) n’est pas seulement un outil de communication, elle reflète aussi une perception de notre monde ; elle est en outre l’indispensable véhicule de systèmes de valeurs et d'expressions culturelles, comme elle constitue un facteur déterminant de l’identité (tanettit) de la communauté et de l’individu. Notre langue sert aussi, de manière à la fois objective et symbolique, à constituer les personnes et la société dans son ensemble. Et là, l’individu, forgé dans le moule de sa langue et sa culture, ne peut plus être attaché qu’à cette langue-culture qui l’a produit sous peine d’aliénation, sans que cela l’empêche cependant d’être ouvert aux autres langues et autres cultures et même de s’y intéresser davantage. Le cheikh CHERIFI tombe en flagrante contradiction d’être fier de la culture et de la civilisation amazighes et, en même temps, de nier le facteur linguistique duquel sont tributaires cette culture et cette civilisation.

    Au lieu d’attaquer, de se livrer à la calomnie et de porter flagrante atteinte aux autres, il est vital et indispensable, dans notre univers qui a toujours été pluriel de tout point de vue, de cultiver la tolérance car « les questions du pluralisme tendent de plus en plus à devenir une partie des tâches et des énigmes de la civilisation humaine ». C’est donc une chance pour nous de nous retrouver avec une pluralité de langues dont la langue amazighe est la plus ancienne, la plus permanente et la plus apte à nous propulser. La vivacité, le dynamisme et le fait de voir à présent notre langue maternelle vivante, après tant d’épreuves et de résistances contre les vicissitudes, contre les envahisseurs venus de tous bords avec des intentions d’asservissement, d’assimilation et d’hégémonisme, le socle ne devient que plus solide. Quant à l’indispensable nécessité de sauvegarder et de développer notre langue maternelle, cela se décidera par les hommes propres et braves que cette langue engendre et engendrera, et qui comprendront que son enseignement au même pied d’égalité que les autres langues enseignées est la condition sine qua non de la tirer des greffes de la disparition.

    Dieu dit dans le Saint Coran : « Et parmi ses signes : la création des cieux et de la terre et la variété de vos idiomes et de vos couleurs. Il y a en cela des preuves pour les savants. », Sourate 30, Les Romains. Pourrait-il, notre cheikh, avoir l’amabilité de nous expliquer les sens que renferme ce verset coranique ? Y a-t-il lieu de faire remarquer que c’est par la Volonté de Dieu que des milliers de langues sont parlées sur terre. Et si Dieu le Tout Puissant a, dans le Saint Coran, comparé la création des cieux et de la terre (dans l’univers observable, les spécialistes retiennent un chiffre comme 80 milliards de galaxie. Une galaxie typique contient 400 milliards d’étoiles dont la plus proche de nous est le soleil) et la variété des idiomes de l’humanité, c’est que ces langues que Dieu a créées restent un fait grandiose et une sagesse divine confirmée. Oui et il y a en cela des preuves pour les savants, alors qu’être savant ayant une profonde idée du savoir, ce n’est pas donné à tout le monde. Au lieu de concilier la foi religieuse et les possibilités de la rationalité et de la science, au lieu de contribuer généreusement à la prospérité sociale, l’on s’est bien écarté de la voie de la connaissance et de la sagesse, de la voie de l’humanisme et de la miséricorde. Comment venir s’opposer à cette Volonté de Dieu, créateur de la terre, des cieux et des langues en disant : « L’arabe est (…) libre et n’accepte pas de co-épouse » ? Quelle conception lunatique et quelle inoculation destructrice qu’a eues le cheikh CHERIFI Balhadj en s’attachant à priori à l’idée selon laquelle il veut « construire », mais en détruisant l’autre ? Je rétorque que dans ce cas précis, la comparaison entre les langues arabe et amazighe n’a aucune raison d’être. Peut-on choisir sa mère contre son père ? Peut-on choisir Mohammed contre Jésus ? Peut-on choisir l’islam contre la science ? … Notre cheikh oublie fatalement que la grandeur de l’humanité demeure dans sa diversité que Dieu a voulu qu’elle soit. Que deviendrait-il notre monde dans la chétivité et la médiocrité ? En outre, ce jugement, étant nourri de la faiblesse, de la trouille bête et gratuite et de la haine de soi-même, continue d’être véhiculé au 21ème siècle et ce, dans des considérations malheureusement anti-religieuses, anti-scientifiques et anti-philanthropiques. C’est en bref le retour à la préhistoire et c’est la fin de l’humanisme.

    Dans un élan mystique et inhumain qui ne repose sur aucun fait réel, il est très trompeur de déclarer qu’il s’agit d’une situation linguistique conflictuelle. En réalité, c’est l’inverse qui est vrai. Toute l’humanité doit sa grandeur et ses richesses à sa diversité. C’est plutôt l’uniformisation à outrance et l’assimilation forcée qui aliènent les individus de la société en les contraignant à être ce qu’ils ne sont pas. De tels personnages charismatiques font appel à la religion, au sacré, afin d’imposer leurs opinions et arriver à soi-disant « convaincre » les autres, notamment les plus crédules. Dans la société algérienne, ce mécanisme idéologique demeure depuis longtemps d’une grande efficacité, parce que dès lors que l’on parle à une personne de Dieu, de religion et de prophète, elle s’incline et accepte les opinions émises sans chercher à comprendre, ni à trop discuter.

    Que dit-il notre cheikh, lorsqu’il prend connaissance que Dieu, en s’adressant dans Le Saint Coran à son Messager Mohammed que la Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur lui, lui dit : « Nous l'avons fait descendre, un Coran en arabe, afin que vous raisonniez. Nous te racontons le meilleur récit, grâce à la révélation que Nous te faisons dans le Coran, même si tu étais auparavant du nombre des inattentifs (à ces récits) » ? ; donc le caractère du Saint Coran est bien entendu arabe, et il répond linguistiquement et particulièrement parlant à un arabe synchronique qui date de plus de 14 siècles. Alors que la langue arabe dans son évolution diachronique (parce qu’elle se meut) est scientifiquement et naturellement soumise au changement. Plus les siècles s’écoulent, plus la divergence s’accentue… et, justement, si Le Saint Coran est fixé par l’écrit, c’est pour entre autres le protéger et le préserver authentiquement. Le Saint Coran a été traduit dans plus de 45 langues et ce, dans des pays comme le Pakistan, l'Iran, l'Indonésie et la Turquie qui maintiennent chacun sa version nationale accompagnée de son interprétation. Cependant, les amazighes, depuis le moyen âge (10ème siècle), avaient déjà traduit le Coran en Tamazight. Il vaut mieux un Coran en Tamazight pour permettre aux amazighes musulmans de mieux comprendre leur religion plutôt que de leur expliquer leur religion dans une langue qui ne peut que les en éloigner. C’est l’islam au service du bien-être de l’humanité toute entière, et non pas l’islam au service d’une caste donnée. C’est ça l’islam universel, cheikh CHERIFI. Sait-il notre cheikh que sur les quelques 6700 langues parlées par l’humanité, plus de 80% sont appelées à disparaître d’ici quelques générations, et avec elles les sociétés qui les emploient ? Que fait-il le cheikh CHERIFI des 80% des musulmans qui ne sont pas arabes ? Sont-ils condamnés à ne pas espérer le Paradis parce qu’ils ne sont pas arabes ???

    Lorsqu’on entend un cheikh ibadhite qui, pour défendre la langue arabe, se permet d’attaquer la langue qui l’a engendré, l’on comprend très bien que la faiblesse n’engendre que la peur, mais pas celle des braves et courageux hommes qui ont la force de se déterminer et le courage de s’exprimer. La déclaration du cheikh CHERIFI Balhadj : « Tamazight est une perte de temps » aura aux différents plans social, historique, linguistique… et culturel de graves et multiples retombées. Avec ces propos, le cheikh CHERIFI, qui veut se déclarer au rang des lettrés de l’Algérie post-indépendante, vient de franchir un seuil intolérable dans l’insulte et l’offense à l’égard des At Mzab. D’autant plus que ses propos anti-constitutionnels (Article 3bis de la Constitution de la République Algérienne Démocratique et Populaire sensé être porteur de la libéralisation de la langue amazighe dans sa diversité) méritent une intervention énergique des plus hautes autorités du pays. Il est nécessaire que l’amazighophobie soit évacuée une fois pour toutes. Il est du plein droit de chacun de s’attacher à la langue qui particulièrement lui rapporte du fric, mais porter atteinte aux droits des autres et à leur existence ne peut pas être pardonnable. De tels comportements nous ont déjà coûté des pertes immenses et malheureusement des pertes irréparables.

    Quant à une de ses « honorables positions » que l’histoire retiendra pour toujours, c’est son refus catégorique de présenter l’islam en « dialecte mozabite » et ce, suite à une demande faite auparavant par le Ministère des Affaires religieuses en disant que l’islam ne peut être explicité que dans la « langue arabe » et oubliant que le seul dialecte (amazigho-arabe) pratiqué en Afrique du Nord est l’arabe parlé. Je m’arrête là pour préciser aux internautes que le Mozabite n'est pas un dialecte, c'est une langue constituée ayant ses règles grammaticales et sa propre ossature lexicale. Il s’avère que le cheikh CHERIFI ne sait pas encore que seulement moins de 20% des musulmans vivant dans le monde dit « arabe » sont arabes, donc des populations musulmanes non arabes (comme les kurdes, les coptes et les amazighes) sont aussi incluses dans ce monde. Que reste-t-il à faire des 80% des musulmans non-arabes ? À jeter dans la mer (sic) ??? Aux yeux du cheikh, ses musulmans n’ont aucune considération à évoquer, compte tenu de leur appartenance au monde non arabe, puisqu’ils sont condamnés à ne pas avoir la possibilité d’accéder à leur religion musulmane au même titre que les arabes. Cette idée subversive à l’égard de l’islam me conduit à préciser qu’il n’y a de différence entre un arabe et un non arabe que par la crainte de Dieu (At-taqoua). Quelle bêtise humaine que de tenter de saper et d’hypothéquer l’islam, en tant que religion universelle.
    Comment éviter l'instrumentalisation de la religion islamique ? C'est la question que je pose à notre cheikh. Très pédagogiquement : quand on est de mauvaise foi, on peut tout instrumentaliser. Beaucoup de ceux qui ont prêché à cor et à cri l'arabisation totalitaire, ont pris le soin de mettre leurs enfants dans des écoles où l'on enseigne des langues étrangères, soit le français, soit l'anglais, sinon les deux. Quant à savoir si l'enseignement de Tamazight sera problématique, je dirais que tout est problématique dans l'enseignement. Il faut seulement savoir trouver de bonnes solutions.
    Le chauvinisme pour la langue arabe devient un devoir religieux. Le point fort et à la fois très sensible de ce chauvinisme arabiste est l'utilisation du sentiment religieux le plus profond. L'arabité et l'Islam se sont confondus pour ne plus être qu'un seul et unique repère identitaire. L’idée que les At Mzab sont musulmans donc arabes est en fait déjà ancienne ! La langue amazighe n'est qu'un particularisme régional et infrahumain sans aucune considération, si ce n'est celle de l'infériorité et de la disparition.
    Les « idées initiatiques sacrées » constituées par les mythes et les récits d’un certain ethos légendaire et utopique ne seront jamais réalisables. Là une rupture de plus en plus évidente est observée entre cette traditionnelle élite arabisante et les générations actuelles. Notre cheikh, par ses prises de position, est bien conduit à dévaloriser notre langue, à inverser les rôles et tenter de disloquer nos richesses basées sur un savoir dont la source est toujours le contenu du contenant linguistique. Dans ce sens, l’école traditionnelle fondée sur l’apprentissage machinal et la récitation, en essayant de maintenir un état d’ignorance, est génératrice de confusion entre ce qui est initiation et le savoir en tant que science. Les processus de transmission sociale sont détruits pour que le royaume des aveugles dont les borgnes sont rois arrive à bien se fonder. La boucle est bouclée. Et le grand danger se résume là.
    En étant plus royaliste que le roi, notre cheikh croit que la langue amazighe ne peut pas être enseignée aux côtés de l’arabe : il la condamne a priori et la relègue à l’oralité. Or une langue orale a un caractère fini de la mémoire, puisque elle ne s’écrit pas. Les connaissances orales ne peuvent être gardées que dans la mémoire des gens. Mais la mémoire est très limitée. Quelles que soient les possibilités extraordinaires de l’individu ou de la société, il ne peut retenir qu’un nombre infime des connaissances (littéraires, techniques, religieuses, historiques, culturelles…) qui se produisent dans le temps et dans l’espace. Cependant le reste est condamné à disparaître à jamais. Alors que dans un livre nous pouvons garder tout ce que nous voulons.
    Il est bien de savoir que l’oralité est un support bien fini, car les connaissances sont contenues dans des individus, donc accrochées à quelque chose de très fragile, et quand ces individus meurent, c’est fini. C’est la vérité selon laquelle : « un vieillard qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle ». Quand il s’agit d’un écrit, ces connaissances peuvent être immortelles.
    Ainsi, notre langue a le plein droit que Dieu lui a donné pour être armée telle que les langues écrites et enseignées. En bref, une langue qui ne jouit pas des avantages qu’offrent les techniques et les technologies (écriture, enseignement, mass média, informatique, internet…) est déjà appelée à disparaître à jamais ; et de nos jours aucune langue véhiculée par les mécanismes de l’oralité ne peut résister longtemps devant celles dotées des moyens les plus avancés.
    Non seulement le cheikh CHERIFI est fatalement tombé dans l’impuissance de réussir à dépasser son sentiment subjectiviste, mais il a en plus, en mauvais pédagogue, tenté de fourrer son nez dans un sujet très spécialisé qu’il ignore complètement en ne se rendant même pas compte qu’il ne craint là que ce qu'il ne connaît pas. C’est pour cela qu’il est malheureusement passé à côté de la plaque. Alors que deviennent les spécialistes (linguistes, sociolinguistes, psychopédagogues… et autres psycholinguistes) qui nous apprennent qu’une langue assassinée est un crime contre l’humanité ? En voulant créer un rempart contre l'islam par la négation de la riche diversification linguistique que Dieu a créée, on ne peut là que confirmer le caractère virulent et préjudiciable de ces extrémistes. Le décalage colossal qu’accuse notre cheikh, entre la marche de notre monde actuel et les idées anachroniques qui risquent de s’effondrer sous l’effet de leur propre inertie, et qu’il essaye de propager avec acharnement, est par ailleurs nuisible à sa propre santé mentale. La mémoire doit aussi se construire au présent, mais malheureusement notre passé a été fracturé, ensanglanté et continue de l’être. Quand on nie les fondements de notre société, il n’ y a plus de fondation, plus de superstructure, ce sont des racines en l’air. C’est le monde à l’envers.

    Il est dangereux de ne pas essayer de comprendre, mais il encore plus dangereux de ne pas dire ce que l’on pense. Arrêtez de foutre le doute et de cultiver la stéréotypie. Il faut parler de notre existence comme elle est réellement, et pas comme les amazighophobes vous l’ont rapportée et apprise. Oui, les ennemis les plus acharnés de la langue amazighe ne cessent de vociférer en disant tout et n’importe quoi afin d’arriver à convaincre, au nom d’un idéal creux et inventé de surplus, de l’inutilité d’œuvrer pour que notre ethnocide prenne fin, ce qui, à leur regard, est hors de question. Cette réalité sociale, linguistique et culturelle ne pourra pas disparaître. Les choses vont revenir à leur nature, et c’est la force du bien qui prendra le dessus sur la force du mal.

    Puis-je demander à notre cheikh s’il sait que la langue amazighe est un des plus vieux fonds de l’humanité et que pour recouvrer totalement et profondément l’islam, il est primordial et indispensable de recouvrer sa langue maternelle. Allah est le mot arabe pour Dieu, qui est utilisé aussi par les chrétiens arabes, et Yukc est le mot amazighe pour Dieu. Voudrait-il notre cheikh dire que prononcer aussi le nom de Dieu en amazighe est un péché ? Il n’est encore pas trop tard pour que nous apprenions à vivre ensemble comme des Humains, sinon nous allons mourir ensemble comme des créatures basses et sauvages.

    Un musulman est responsable devant Dieu de ses actes et comportements et de la manière dont il gère ce qui lui fut remis en dépôt. Le Dieu et la Sunna offrent des orientations qui présentent les champs possibles de l'action humaine et précisent un certain nombre de limites pourtant très claires, entre autres le respect des autres humains, dans la reconnaissance de leur diversité et en préservant l’harmonie entre eux, loin de tout contexte d'assimilation, de provocation et d'agression. La différence linguistique des peuples, les spécificités de cultures, le particularisme des coutumes a été décidé et voulu par Dieu. La spiritualité islamique engage l'homme à vivre dans l'harmonie en tenant en compte tous les éléments de son humanité. Les fondements même de la civilisation islamique, autour de la référence à l'Unicité de Dieu (ettawhîd), donnent la priorité absolue au sens de la vie et à la finalité des actions humaines. Le djihâd intrinsèque d’un musulman est nécessaire pour se maîtriser, apprendre à vivre avec autrui et préserver l’harmonie de la planète. En somme, l'Islam valorise très bien la soumission au Livre Saint, le Coran, pas la soumission à ceux qui sont en porte-à-faux avec la loi coranique.

    Notre cheikh est bien né dans le monde amazighe du Mzab comme nous le sommes tous. Il faut arrêter d’entraîner les citoyens crédules qui méritent vraiment d’être éclairés plutôt que de les dresser contre eux-mêmes. Cela est un crime que Dieu ne pardonnera jamais. Un amazighe est un être libre qui ne se soumet à personne à part Dieu bien entendu. Au lieu de détruire, il faut bâtir l’histoire, sinon cette dernière le retiendra comme un des destructeurs. Donc n’abusons pas de l’avenir de nos enfants.

    Pourquoi vouloir détourner les véritables questions qui engagent notre avenir, en tête desquelles, question que vous occultez sans cesse, celle de l'avenir de notre langue amazighe ? Cette diversion serait-elle pour cacher la faiblesse et la panique, et continuer de justifier des idées malades d'arabisation ? Au fait, pourquoi continuer de parler de cette langue amazighe que ses parents lui ont apprise avec l’allaitement ? Pourquoi continuer d’engloutir la clarté avec la haine et la boulimie de la bêtise ? Quand vous aurez accepté religieusement et scientifiquement nos réalités linguistiques, sociales, culturelles, historiques… et civilisationnelles, votre opinion commencera à opérer dans le bon sens. Tout dépend de vous, vous pouvez choisir à être la honte ou la fierté des amazighes At Mzab. Tameddurt i Tumzabt ad tili s Yukc Amuqq°ran (Tumzabt vivra grâce à Dieu).

    Lorsque ces gens arabisants accepteront les réalités, que la langue Tamazight que Dieu de la terre et des cieux a créée dans sa sagesse divine n’est pas une perte de temps, ni une médiocrité. Lorsqu’on n’aura plus honte de ses origines, lorsqu’on sera fiers de son authentique histoire, y compris les périodes antéislamiques, on peut commencer à parler de développement et de prospérité. Je dirais que cette fatalité provient de l’ignorance, de l’esprit borné, de l'incompétence de ces musulmans et non pas de l'islam, ni de la langue arabe. Notre cheikh sait-il que tenter de couper notre langue amazighe, aile principale de notre existence qui permet à la perdrix amazighe de continuer à prendre son envol civilisationnel, consiste à tenter de commettre un crime, pour ne pas dire un génocide, contre l’humanité toute entière qui doit sa richesse à la diversité et la diversification de toutes ses langue qu’Allah a créées. Cependant, les conséquences d’une telle ignorance pèsent plus qu’une catastrophe catastrophique. Nier le droit de notre langue maternelle d’exister et d’être enseignée est particulièrement une condamnation de nos aïeux qui s’étaient battus et qui avaient durant des siècles pratiqué leur religion musulmane en langue amazighe. Là je dirais à notre Cheikh basta !
     
  2. uzop

    uzop New Member

    Re : L'ethnocentrisme - une idéologie d'auto-destruction

    suite


    Le venin continue d’être injecté dans notre corps social. Un jour une grenouille en sauvant de l’inondation mortelle un scorpion, ce dernier la pique en pleine traversée de la rivière. Cette grenouille, en percevant une violente douleur de piqûre dans sa nuque, dit : « Oh scorpion, pourquoi m'avoir piqué alors que nous sommes au milieu de la tourmente rivière, pourquoi avoir infligé la mort à nous deux ? Pourquoi vouloir péricliter ensemble ? » Le scorpion répond : « ne m'en veut pas, grenouille naïve, je n’ai pas le choix, c'est aussi plus fort que moi. Je ne voulais pas, mais cela est ma nature innée qui m'y a poussé. Nous allons mourir ici, à cause de ma nature. »
    Le cheikh, en étant fier de Tamazight en tant que civilisation et culture, omet que derrière chaque civilisation il y a une langue. Ce qui, pour agir et réagir légitimement, est évident, c’est que les At Mzab conscients de leur existence aux divers plans, ne compteront jamais sur ce type de mentalité. Quelqu’un qui n’a pas quelque chose ne peut pas le donner. J’attire l’attention de notre cheikh, s’il existe en lui une once d'amour pour ce que Dieu a créé, qu’il est encore temps de bien dire ou de se taire. En toute raison, il serait logique de taire ses ressentiments contraires à sa langue que d’hypothéquer toute une société. Les dires de notre cheikh sont archi-faux et ne servent qu’à rendre Tamazight suspecte aux yeux des autres algériens. En réalité, nul ne peut nier que Tamazight a des racines historiques, une importante présence qualitative et quantitative, une forte base sociale et une assise politique bien établies (voir l’Article n° 3bis de notre Constitution) que le simple avis d’une personne ne peut occulter, sinon comme l’on dit : c’est l’arbre qui cache la forêt. Je souhaiterais que l'amour pour notre peuple prenne le dessus, comme l'amour d'un jardinier pour sa rose qui n’hésite point de la redresser si elle commence à se tenir maladroitement sur sa tige. Je dirais : « Wasi yhezzem s yiles n mamma-s, texsed ad yezwegh, sesten f baba-s » (celui qui a honte de la langue de sa mère, si tu veut le faire rougir, questionne qui est son père). Cheikh Balhadj CHERIFI, nous les At Mzab, nous n'avons pas à rougir de notre langue amazighe, une ancienne et très belle langue, qui a encore le mérite d'être vivante et dont les expressions reflètent toujours les moindres recoins de notre âme et de notre existence. Excuse-moi ma franchise cheikh. Le mensonge, la falsification sont derrière le fait que notre monde a raté son adhésion à la rationalité à laquelle Ibn Khaldoun a établi les fondements scientifiques et que les « pseudo-savants » continuent à tort et à travers de rejeter. Ce jeu très maléfique s’inscrit dans le cadre des répressions et agressions que les amazighes ont subi et subissent encore à travers le temps sur leur propre terre Tamazgha (l’Amazighie). Jusqu’à quand donc ces attaques destructives, anti-islamiques et anti-philanthropiques ?
    Le moment est venu, avec l’arrivée de la fin des leaders promoteurs du panarabisme et du baâthisme - Saddam et compagnie - pour mettre en lumière les désastres et les conséquences que notre terre a récoltées de cette « culture inculte ». Cela est une nécessité pour échapper aux risques de se croire d’une appartenance mensongère qui ne cesse de détraquer un peuple connu à travers l'histoire pour sa tolérance, son respect des différences et son ouverture sur l'autre et ce, à l’image que le père de l’histoire des amazighes Abderrahmane Ibn Kheldoun nous avait rapportée en disant : « On a vu chez les berbères des choses tellement hors du commun, des faits tellement admirables qu’il est impossible de méconnaître le grand soin que Dieu a eu de cette Nation… »
    Bien qu’il était tout le temps indispensable d’appeler au divorce avec ce monde mythique, il est bien évident qu'une certaine idéologie dite « arabo-baathiste » a été implantée sur notre terre et bénéficie de l’aide de ses mentalités arrivistes qui mobilisent des milliers de personnes pour soutenir les injustices, sans que cette même population ne s’aide elle même. Ce soutien aveugle à l’arabo-baathisme exporte et propage inconsciemment l’intolérance, les stéréotypes et la violence à l’encontre des peuples innocents.
    De plus, je tiens à préciser que je ne suis corrosif que lorsque l'on touche à ma langue qui m'est chère, et surtout il est plus agréable et constructif lorsque l'on se met à travailler et à promouvoir notre langue, notre culture, notre islam, notre société… et notre existence. Là il faut bien que j’envoie quelques fleurs car personne ne le fera à ma place. Nous aurons le destin que nous aurons mérité. Que Dieu Le Miséricordieux nous guide dans la bonne voie. Amine !

    Fraternellement
    @!#$ N At Mzab
    Un citoyen du Mzab

    --------------------------

    On aurait aimé voir ces personnages, qui se font passer pour les leaders spirituels de leur société, défendre et promouvoir les valeurs et le patrimoine de cette société au lieu de s'acharner à les détruire et les éradiquer de la surface de la terre. L'Histoire se souviendra.

    source : frebend
     
  3. amekraz

    amekraz Member

    Re : L'ethnocentrisme - une idéologie d'auto-destruction

    Ce chikh est con , si le mozabite meurt, son fond de commerce ( l'ibadisme ) serait vendu
    aux encheres et finir dans une stations de recyclage des dechets d'idees et religions perimes !
     

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