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Ahmed Boukous

lundi 6 juin 2005

Né en 1946 à Lakhsas dans la région de Tiznit au sud du Maroc. L’année 2003 aura été celle de la revanche pour Ahmed Boukous, le nouveau recteur de l’Institut Royal de la culture amazigh. Lui qui a été longtemps frustré de ne pas voir toutes les langues constituant l’identité marocaine enseignées à l’école, est comblé. L’amazigh est enfin introduite dans les écoles marocaines. « Je suis un pur produit de l’école publique, dit-il. Jeune, j’ai eu des instituteurs français et des instituteurs d’arabe. Ces derniers venaient du Moyen-Orient. Ils nous parlaient dans leur dialecte. Nous, gosses âgés de sept ou huit ans, ne comprenions pas ce que ces instituteurs disaient... ».

Basculé dans deux mondes diamétralement différents, coupé de la langue qu’il parlait chez lui, à la maison, confronté à des méthodes pédagogiques basées sur la coercition, l’enfant Boukous ressentait une véritable frustration devant ces instituteurs qui « ne parlaient pas la langue du Coran que j’avais apprise à l’école coranique. Ils m’apprenaient leur dialecte. Au nom de quoi ? C’est vrai qu’à cette époque, je n’avais pas tellement conscience des enjeux, mais cette situation ne me plaisait pas du tout ».

Au collège, Ahmed Boukous retrouve encore des enseignants venus du Moyen-Orient, mais cette fois-ci, il y avait aussi des Marocains. « Parmi ces derniers, explique Boukous, il y avait des maîtres amazighophones et qui avaient une attitude d’empathie, de sympathie vis-à-vis de l’apprenant, et de temps en temps, ils nous parlaient en amazigh et c’était extrêmement réconfortant ». Dans un univers qui était déjà, en lui-même, une coupure avec le milieu familial, cette attitude constituait une bouffée d’oxygène. « Et c’est auprès de ces maîtres-là que des gens comme moi ont appris à aimer la littérature et la langue arabes... », précise M. Boukous.

A Agadir où il poursuit ses études primaires et une partie de ses études secondaires, Ahmed Boukous vit un véritable drame. Le terrible tremblement de terre de 1960 ravage tout sur sa route. Boukous perd des membres de sa famille. Plus de maison, plus d’école, plus de vie familiale, des parents qui n’avaient plus de travail...

Entassé dans des tentes militaires avec des centaines d’autres sinistrés, Ahmed Boukous apprend à survivre, à manger ce que le Croissant rouge marocain et d’autres organisations internationales voulaient bien lui donner, à dormir et à étudier dans des conditions précaires. « Nous étions des centaines et des centaines de jeunes à avoir vécu très douloureusement cette expérience. Cela a conduit tous les élèves de ma génération à être des migrants : études collégiales, lycée et faculté dans différentes villes. Cela marque indiscutablement des enfants », se souvient-il aujourd’hui.

En 1964, un évènement majeur survient. Ahmed Boukous obtient son baccalauréat à Marrakech. « C’était un évènement car pour la premier fois, quelqu’un obtenait dans ma famille ce diplôme. C’est aussi un tournant majeur pour moi car en entamant des études supérieures, et grâce à la bourse que j’ai obtenue, je pouvais vivre et faire vivre ma famille. J’accédais à l’autonomie financière et je devenais aussi un adulte capable de subvenir aux besoins des siens ».

Les études de langues l’ayant toujours fasciné, il optera pour ce cursus. Il s’inscrit à la Faculté de lettres de Rabat. Mais là encore, il découvre qu’on peut enseigner une multitude de matières allant de la sociologie à la linguistique en passant par l’histoire et l’anthropologie sans qu’il y ait aucune mention de l’amazigh. Cet oubli, voulu et précieusement entretenu par tous ceux qui cultivaient l’idée selon laquelle la reconnaissance de cette composante de l’identité marocaine pourrait entraîner division et amalgame, ne sera jamais accepté par Ahmed Boukous.

A Paris où il arrive, aux lendemains des évènements de mai 68 pour préparer sa thèse de doctorat à la Sorbonne, il entame des recherches sur la culture amazigh : « il y avait tout ce halo de la révolution culturelle. Je me suis beaucoup imprégné de ce climat d’effervescence culturelle et intellectuelle. Ce climat a contribué aussi à créer, chez moi, cette volonté de participer à une révolution culturelle chez nous ». Il choisira de travailler sur l’amazigh. Il sera le premier Marocain à faire une thèse de doctorat sur cette question. Il sera également le premier à introduire l’enseignement de la linguistique amazigh à l’université.

« J’ai été recruté à la Faculté de lettres en 1974 et dès la première année, j’ai introduit dans le département de français une matière nouvelle qui est la sociolinguistique et dans le programme de laquelle l’amazigh occupait une place prépondérante. J’ai contribué à former un certain nombre de chercheurs dans le domaine de la linguistique amazigh et beaucoup d’entre eux sont actuellement des enseignants à la faculté », explique M. Boukous.

Et dans le domaine de la culture amazigh dont il sera un ardent défenseur, Ahmed Boukous a été souvent un précurseur. « A la fin des années soixante, il était très risqué, très difficile de parler de l’amazigh ». Mais qu’à cela ne tienne. Il crée avec quelques amis une association culturelle dédiée à la culture amazigh, il animera colloques et débats. « Et bien souvent, je me suis retrouvé tout seul dans un amphi à participer à des colloques, à proposer une contribution sur l’amazigh, autant vous dire que lors des discussions, bien souvent, j’étais cloué au pilori, désigné comme un agent de la division, un envoyé du sionisme.

Pour mon malheur, je parlais simplement de la réalité linguistique et culturelle de mon pays ». Ahmed Boukous continuera, avec quelques-uns de ses amis, à faire des recherches et des études, à soulever des débats, à combattre le paradigme dominant et à refuser que l’Amazigh soit occultée de notre mémoire et de notre identité nationale. « Les gens qui ont appartenu à ma génération ont été les premiers à avoir été sensibilisés par leurs études, par leurs propres efforts, par l’écoute de l’autre et notamment ces leçons qui nous sont données par les anthropologues occidentaux, aux différentes composantes de la différence et de la pluralité.

Nous avons été façonnés un peu dans ce climat intellectuel. La pensée de Lévi-Strauss, de Barthes, de Samir Amin et d’autres penseurs nous a formés. Et nous avons été les premiers, je peux le dire sans fausse modestie, à avoir contribué à asseoir les bases théoriques et épistémologiques de la pensée de la différence », dit encore le recteur de l’IRCAM. Ahmed Boukous est, dès lors, de tous les combats qui visent à faire reconnaître l’amazigh. Il fonde, avec quelques irréductibles, l’université d’Agadir en 1980. « Une année très difficile puisqu’elle coïncidait avec les évènements de Tizi Ouzzou et le printemps kabyle en Algérie. Je me souviendrai toujours de ces débats houleux qui avaient lieu à la municipalité d’Agadir... ».

Des moments très durs qui confortaient dans leurs convictions tous ceux qui se battaient pour, qu’enfin, l’amazigh puisse avoir droit de cité. En 1991, A. Boukous fait partie du noyau dur qui a élaboré la charte d’Agadir. Il sera également l’un des premiers signataires du manifeste de Mohamed Chafiq. « Ma génération doit être considérée comme l’initiatrice du mouvement culturel amazigh sur le plan organisationnel parce que nous avons organisé la première association culturelle sur le plan de la réflexion idéologique et culturelle pour aménager le lit du mouvement culturel amazigh »

Les années 90 marquent un tournant décisif dans la reconnaissance de la culture amazigh. Une lueur d’espoir pointe à l’horizon. Pour la première fois, un Souverain parlait de l’amazigh. « Dans son discours du 20 août 1994, feu S.M. Hassan II a parlé, pour la première fois, de l’amazigh, de l’identité culturelle plurielle du Maroc, de la nécessité de constituer un peuple uni dans sa diversité culturelle. C’était, pour nous, quelque chose d’extraordinaire car nous voyons, enfin, la réalisation d’idéaux auxquels nous croyions, il y a trois ou quatre décennies ».

Et c’est la date du 30 juillet 2001 et le discours d’Ajdir qui consacrent la reconnaissance de l’Amazigh comme composante essentielle de la culture marocaine. L’Institut Royal de la culture amazigh est créé. L’amazigh est enfin enseignée dans les écoles marocaines. Nommé par S.M. le Roi Mohammed VI à la tête de l’IRCAM le 24 novembre dernier, Ahmed Boukous continue à défricher toutes les pistes qui permettront un jour de comprendre que la langue et la culture amazigh font partie de notre patrimoine. Un vaste programme auquel le nouveau recteur s’attelle avec beaucoup d’enthousiasme, de réalisme et de savoir-faire.

Bio-Express :

• 1964 : Obtient le baccalauréat. • 1968 : Entame ses études de doctorat en France. • 1974 : Enseigne à la Faculté de lettres de Rabat. • 1991 : Signe le manifeste d’Agadir. • 2003 : Est nommé par S.M. le Roi Mohammed VI recteur de l’IRCAM.

Khadija Alaoui - Le Matin

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3 Messages de forum

  • 22 août 2007 00:47

    Ahmed Boukous

    Nous sommes tous avec vous cher Boukous. AGHARAS MKAR YAGOUG TIFAOUT NGAT GHIFASSN. (ancien membre du goupe ousmane)

    • 5 mai 2008 11:08

      Ahmed Boukous

      Monsieur Ahmed Boukous Je suis Safaa Maher du CEDEJ - le Caire, je voudrais vous contacter très urgent pour une invitation à un colloque pour l’hommage d’Alain Roussillon Je voudrais votre email et votre numéro de portable Merci beaucoup Safaa MAHER

  • 28 février 2008 23:48

    Ahmed Boukous

    Azul mas boukous

    Iggut bahra ghayli tskert gh icnubbucn zlinin s tussna d tgherma n imazighn .

    Ayyuz f tizzla d tferka nnk .

    nkki gigh s ism:boutmouzzar omar ;smuttigh (les contes choisies, des frères Grimm)s Tmazighte .

    Tayyuri ad sersghtt gh bureau d’ordre n IRCAM gh Juillet 2006. RIgh ad ssengh mad gis ttinim.

    N.B:j’ai éssayé à maintes reprises d’avoir une réponse par l’adresse email du rectorat ; mais sana résultat. Tanmmirt attas.

 

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